Les mains dans la terre, la tête...à l'autre bout des bras

Construire en apprenant et apprendre en construisant

Si l'objectif premier de la Haie de Morgon est d'accueillir des jardiniers expérimentateurs, il est également dans l'ADN du projet de transmettre les savoirs dont on pense qu'ils sont utiles, voire déterminants pour les temps qui viennent. C'est dans cet esprit que, depuis les premiers jours, des chantiers sont organisés pour à la fois répondre aux besoins du site (créer des infrastructures fonctionnelles) et à la demande de nombreuses personnes désireuses d'en savoir plus sur toutes ces techniques qui leur ont trop longtemps échappé, qui peuvent leur servir à améliorer leurs conditions de vie, construire leur habitat, effectuer des travaux, embellir leur quotidien...ou tout simplement se faire plaisir. Chantiers participatifs, stages payants (sauf pour les Morgonistes cultivant des parcelles expérimentales), sessions amicales ponctuelles permettent ainsi de concilier les besoins des uns et des autres.

Parfois, l'imagination est le premier moteur pour avancer.

Frédérique réfléchissant au meilleur moyen d'employer les matériaux de récupération dont nous disposons

Après un premier chantier collectif ayant consisté à construire le premier impluvium, nous nous sommes attaqués -sous la direction de Frédérique Givaudan et en compagnie de Célestine formation- à la transformation de l'abri à chevaux en quelque chose qui devrait devenir le réfectoire et bâtiment d'accueil.


Ceux qui pensent que les métiers du bâtiment ne sont pas faits pour les femmes se mettent le doigt dans l'œil jusqu'à l'épaule.

En quelques séances dans la bonne humeur, la sueur et la boue, nous avons commencé à construire les cloisons extérieures avec les premiers (en fait, presque exclusivement les premières) stagiaires. Charpente et fenêtres issues de démolition, lattes récupérées dans une scierie locale partenaire, paille locale, eau de pluie et terre issue du sol de la parcelle sont les matériaux employés pour cette construction pédagogique et fonctionnelle. Le torchis va créer des murs solides et naturels, durables et économiques. Equerres métalliques, vis et clous sont ce qui aura coûté le plus cher pour cette phase de travaux.



Si la technique est simple, tous les participants conviennent du fait que les enseignements essentiels ne peuvent pas s'affranchir d'une formation pratique telle que ces chantiers. Expérimentant la matière, apprenant de leurs erreurs sous l'œil bienveillant de l'experte en ce domaine, chacun.e avance sur son bout de mur, compare le tour de main des autres, les aide et adapte ses gestes à mesure que les parois se montent et se compliquent. Le tout, bien entendu, dans une ambiance conviviale et bon enfant.



Souriez!

L'abri au soir de la première séance de torchis. Tout le monde a bien appris...et bien bossé!

Les travaux se sont poursuivis en dehors du stage, d'autant plus qu'il était nécessaire qu'un maximum de parois soient montées pour accueillir une formation programmée quelques semaines plus tard au sujet des enduits naturels. Le torchis devait avoir le temps de sécher suffisamment pour recevoir les nouveaux stagiaires (et ceux qui revenaient) sans qu'ils soient obligés de s'exercer en étant empilés les uns sur les autres. Des paires de bras bienvenues sont venues s'ajouter généreusement pour tenir les délais.





Préparation d'un enduit terre-sable coloré avec un pigment naturel

Pour satisfaire à la formation, Frédérique montre à ses stagiaires différentes versions des enduits, que ce soit dans leur composition (terre-sable, terre-sable-pigment, terre-sable-chaux...) ou leur mise en oeuvre (truelle, lissoir, éponge, mains...). Le résultat en est une apparence un peu hétérogène, mais qui reste malgré tout plaisante et efficace. Ce qui n'est pas achevé ce jour là par les stagiaires le sera plus tard, même s'il est parfois nécessaire de les freiner dans leur enthousiasme et leur envie d'en faire toujours plus! Apprendre demande de prendre son temps, quand bien même on a hâte de voir les murs dont on est les co-auteurs terminés. Chacun laisse sa "patte" sur la section qu'il travaille, et cela rend l'ensemble encore plus beau. Ce sera un bonheur que de pouvoir se dire à chaque passage devant ce bâtiment qu'il est issu d'une énergie collective, de l'entraide et de la transmission.







Le bâtiment n'est pas terminé à l'heure où j'écris ces lignes, mais il a sérieusement avancé. Il est poétique, vivant, plein d'imperfections savoureuses et de finitions exquises. Il est l'émanation d'un travail en commun et de l'apprentissage, deux biens précieux qu'on cultive à la Haie de Morgon autant que les jardins. D'ailleurs, si ça vous intéresse, je vous invite à surveiller les mises à jour, car il va y avoir des chantiers tout l'été, notamment pour la construction des deux derniers impluviums, des toilettes sèches et d'un autre bâtiment.

Ah! Et si vous vous demandiez ce qu'imaginait Frédérique sur la première photo, la réponse est dans l'image suivante. Je crois que ça en valait la peine:

Un immense merci à tous ceux qui ont partagé leurs rires et leur sueur pour réaliser tout ça!

Si jamais vous éprouviez un doute quant à la solidité du torchis, cette petite vidéo très explicite devrait vous rassurer... et clouer le bec de ceux qui voudraient remettre cette solidité en question.


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