Dessiner l'expérience

Dernière mise à jour : févr. 24

Ou comment faire passer l'idée de la pensée au monde solide .


Lorsque nous nous sommes penchés, Alice (venue en wwoofing au Flérial) et moi-même, sur le plan de ce que devrait être ce nouveau projet, nous avons dû intégrer toutes sortes de données relevées in situ, en plus des données historiques. Mon expérience du site depuis plusieurs années s'est révélée précieuse, car le fil des saisons comporte bien plus d'informations que ce que l'on peut relever à un instant T.


La parcelle dite "La Haie de Morgon", en août 2020


Pour bien comprendre un milieu, il est toujours intéressant d'avoir accès à son historique. Ainsi, si la parcelle s'appelle "La Haie de Morgon", ce n'est pas par hasard: une longue haie la traversait dans le sens Nord-Sud qui, très probablement, s'accompagnait d'un fossé de drainage pour assainir les champs alentours, fortement sujets à se gorger d'eau à la basse saison, ce qui complique considérablement les travaux agricoles.



La parcelle vue du ciel, en 1953

Cette haie apparaît jusque dans les années 1960, mais les ultimes phases de remembrement et l'arrivée de l'autoroute A6 la verront disparaître, de la même manière qu'ont disparu les vergers de cette zone dans l'immédiat après-guerre et probablement déjà dans l'entre-deux-guerres. On en voit les très nombreuses traces sur la photo aérienne de 1960 qui s'avère d'une très grande précision.


La photo de 1960, sur laquelle on peut voir les emplacements vides des arbres arrachés


La présence de ces vergers est certainement la raison pour laquelle on trouve encore aujourd'hui de fortes traces de cuivre sur la parcelle, celui-ci ayant été fortement utilisé contre les maladies cryptogamiques sur les arbres fruitiers. Dès lors, on peut constater le milieu est très modifié au cours des 50 ou 60 dernières années, jusqu'à aboutir à un retour au pâturage à partir de 2012 et jusqu'à 2018, année où la parcelle a de nouveau été mise en jachère en attendant d'être transformée.

En 1970, la parcelle prend sa dimension actuelle, la haie à laquelle elle doit son nom ayant disparu par la même occasion.



Les données indispensables telles que dimensions, analyse du sol viennent s'ajouter à la pratique du terrain et aux analyses historiques pour parfaire la connaissance du lieu.



Forts de ce que nous avons accumulé de renseignements, il nous a fallu établir un objectif à peu près clair quant à la fonction du lieu, afin d'y apporter la réponse la plus pertinente, tout en n'omettant surtout pas d'y ajouter les exigences techniques, étiques et financières qui s'imposaient à nous.

J'y reviendrai plus tard, pour l'instant je vous laisse apprécier les plans prévisionnels et les quelques annotations qu'ils peuvent comporter qui, comme pour tous les plans de jardins, ne sont que des indications, des "directions" vers lesquelles tendre.






Quelques semaines plus tard, tes terrassements ont lieu. Le temps étant réellement compté (la location de la pelleteuse coûte cher et le sol, incroyablement sec, est très dur au moment des travaux et complique certaines opérations), il faut adapter le tracé du grand fossé de drainage. Profitant que l'engin loué est plus puissant que prévu, j'en profite pour creuser trois grands bassins rectangulaires, qui seront de précieux impluviums (ou impluva, pour les puristes), mais c'est un autre sujet. Malgré ces ajustements, à bien regarder les images du drone d'Alizée Chiappini de janvier 2021, on se rapproche finalement pas mal du projet dessiné en août 2020:


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